Analyse terrain – Heltec Tracker v2 – 27 dBm base nRF52840 – beta test

Entre promesse produit et réalité


Introduction

Quand on reçoit un tracker annoncé comme “clé en main”, on s’attend généralement à un objet prêt à être déployé : une antenne, un boîtier, une batterie, et éventuellement quelques réglages logiciels. Dans ce cas précis, la réalité est sensiblement différente, nous sommes réellement en train d’effectuer un beta test pour Heltec et le produit final pourrait s’avérer différent.

Ce que nous avons entre les mains ressemble davantage à une carte d’expérimentation avancée qu’à un produit fini. L’architecture est pourtant séduisante : un SoC nRF52840 pour la gestion, un SX1262 pour la partie LoRa, et un module GNSS UC6580 pour la localisation. Sur le papier, tout est là pour construire un tracker performant en 868 MHz, capable d’émettre à des puissances élevées tout en conservant une certaine sobriété énergétique.

Mais comme souvent, c’est sur le terrain que les choses deviennent intéressantes.


Premiers contacts : un tracker… sans antennes

La première surprise est assez brutale : aucune antenne n’est fournie dans notre exemplaire de test. Ni pour le LoRa, ni pour le GNSS malgré la présence d’une prise IPEX pour chaque. Heltec nous a informé par la suite qu’une antenne LoRa serait livrée dans le kit final et que l’antenne « GPS » était facultative car une antenne LDS (directement gravée sur la carte électronique) est/sera intégrée sur la carte.

Pour un radioamateur, ce n’est pas forcément bloquant. On a généralement ce qu’il faut sous la main, et surtout l’habitude de gérer ces aspects. Mais cela donne immédiatement le ton : on n’est pas face à un produit grand public, ni même à un équipement prêt à l’emploi.

Les performances radio vont dépendre directement de l’intégration réalisée par l’utilisateur. Longueur de coaxial, qualité des connecteurs, adaptation d’impédance, choix de l’antenne… tout devient critique. C’est un terrain familier pour certains, mais cela exclut de facto toute utilisation “plug and play”.


Le GNSS : quand rien ne fonctionne… jusqu’à ce que tout fonctionne

Le second point marquant concerne le GNSS. Lors des premiers essais, malgré différentes antennes testées, le module reste désespérément muet. Aucun satellite, aucune donnée exploitable.

Ce type de situation est frustrant, mais aussi révélateur. On bascule rapidement d’un test produit à une démarche d’investigation.

En croisant les schémas disponibles, les variantes matérielles et quelques échanges techniques, une hypothèse se dessine : le problème n’est pas RF, mais logique. Le module GNSS n’est tout simplement pas correctement initialisé.

Après plusieurs essais, une configuration stable émerge :

  • UART correctement croisé entre TX et RX
  • ligne de contrôle GNSS activée sur un GPIO dédié
  • gestion correcte de l’activation / reset

Une fois ces éléments en place, et avec une antenne externe (récupérée sur un Lilygo t-echo) le comportement change radicalement. Le module commence à voir les satellites, et les chiffres montent rapidement : une vingtaine de satellites détectés en extérieur, ce qui est tout à fait cohérent.

Ce passage est assez révélateur du produit dans son ensemble. Le matériel est capable, mais l’intégration laisse à désirer. Rien n’est fondamentalement cassé, mais rien n’est réellement prêt non plus. Comme indiqué dès le départ, nous bêta testons.

Le fonctionnement sans antenne extérieure s’est également avéré impossible. Qu’en sera-t-il de la version finale ? Ça n’est pas très clair.

Un gros méaculpa, il y a bien une antenne GNSS intégré au module, mais il fallait la trouver. après une bonne semaine de teste avec Seb, on a vu au binoculaire que des points de contacts etaient présent notament entre les 2 ipex.

et des bandes sont visibles sur la tranche du capot integrant l’écran. Pour test, avec l’antenne GPS d’origine on capte pour ma part, une dizaine de sattelites, et avec l’antenne externe une vingtaine.


Une radio qui tient ses promesses

Côté RF, en revanche, les choses sont beaucoup plus nettes.

Les mesures réalisées montrent une puissance d’émission conforme aux attentes. Avec une chaîne de mesure incluant atténuateur et connectique, on retrouve environ 26 dBm, ce qui valide les 27 dBm annoncés.

Sur le terrain, cela se traduit par une capacité à “passer” là où des modules plus modestes échouent. La combinaison SX1262 + étage d’amplification fait le travail.

Mais cette performance a un coût.

Lors des émissions, les pics de courant dépassent largement les 700 mA. On a mesuré environ 750 mA sur certains bursts. Ce n’est pas anodin. Cela impose :

  • une alimentation correctement dimensionnée
  • des conducteurs capables de supporter ces appels de courant
  • une batterie qui ne s’effondre pas à chaque émission

On n’est plus dans le domaine des capteurs LoRa basse consommation, mais dans celui des nœuds radio à puissance significative.


Consommation : une réalité difficile à contourner

En régime établi, avec le GNSS actif, la consommation tourne autour de 60 à 80 mA. Cela peut sembler raisonnable, mais sur la durée, cela devient rapidement limitant.

Les calculs sont simples. Avec une 18650 classique :

  • on atteint environ une journée d’autonomie réelle
  • parfois un peu plus dans des conditions optimisées

Mais on est loin d’un fonctionnement sur plusieurs jours, encore moins sur une semaine.

Les pics en émission viennent accentuer ce constat. Même s’ils sont courts, ils contribuent à vider la batterie plus rapidement et imposent une certaine discipline dans le duty cycle.


Le solaire : une promesse difficile à tenir

La présence d’une entrée solaire pourrait laisser penser à une autonomie étendue. En pratique, c’est plus nuancé.

Le chargeur intégré, basé sur une architecture simple, limite fortement la puissance exploitable. Les essais montrent qu’au-delà de quelques watts, le gain devient nul. Autrement dit, augmenter la taille du panneau ne change pas réellement la donne.

Dans des conditions estivales favorables, on peut espérer compenser partiellement la consommation. Mais dès que l’on passe en conditions réelles, notamment en hiver, le système montre ses limites. Et l’absence de BMS l’empêche de redémarrer proprement si la batterie tombe trop bas en tension.

Plusieurs jours sans ensoleillement suffisent à mettre le tracker en défaut. Ce n’est pas un problème de principe, mais de dimensionnement. Le système énergétique n’est pas conçu pour une autonomie longue durée.


Une intégration mécanique déroutante

Un autre point, plus terre-à-terre, concerne l’intégration mécanique.

Les connecteurs sont placés très près des bords, parfois dans des orientations peu pratiques. La façade n’est pas parfaitement alignée avec le PCB. Aucun fichier 3D n’est fourni. Un petit détail pour Heltec, mais une grande différence pour un maker.

Pour quelqu’un qui souhaite concevoir un boîtier propre, cela devient rapidement un casse-tête. On passe du temps à mesurer, ajuster, corriger. Ce n’est pas insurmontable, mais clairement pas optimisé.

Ce genre de détail peut sembler secondaire, mais sur le terrain, il fait la différence entre un prototype bricolé et un équipement réellement utilisable.


Un produit, ou une plateforme ?

Au fil des tests, une question revient régulièrement : à qui s’adresse réellement ce matériel ?

Si l’on se place du point de vue d’un utilisateur final, les manques sont nombreux :

  • pas d’antennes
  • GNSS non fonctionnel par défaut
  • intégration mécanique compliquée
  • autonomie limitée

En revanche, du point de vue d’un radioamateur ou d’un développeur, le regard change :

  • la chaîne RF est performante
  • le GNSS est exploitable
  • l’architecture est moderne
  • les possibilités de modification sont réelles

On comprend alors que l’objet n’est pas tant un tracker qu’une base de travail.


Lecture selon les usages Gaulix

Dans la pratique Gaulix, nous distinguons plusieurs types de nœuds, et cela permet de positionner clairement ce matériel.

Une passerelle IP nécessite robustesse, connectivité réseau et fonctionnement continu. Ici, rien n’est prévu pour cela. Le tracker est hors sujet.

Un répéteur demande une excellente efficacité énergétique et une capacité à fonctionner en autonomie sur de longues périodes. La consommation observée et les limites du solaire rendent cet usage peu réaliste sans modifications profondes.

En usage portable, en revanche, le produit trouve sa place. Une journée d’autonomie, un GNSS fonctionnel, une bonne puissance RF : cela correspond bien à une utilisation en randonnée ou en expérimentation terrain.

Enfin, en usage mobile (véhicule), le potentiel est là, mais l’alimentation pose problème. L’absence d’entrée directe 12 V impose des adaptations externes qui auraient pu être évitées.


Conclusion

Ce tracker est un objet intéressant, mais mal positionné.

Il démontre qu’il est possible d’intégrer une chaîne LoRa haute puissance et un GNSS dans un format compact. Sur le plan radio, les performances sont là. Sur le plan fonctionnel, le potentiel existe.

Mais il manque une étape essentielle entre le prototype et le produit fini.

Pour un radioamateur expérimenté, c’est une base exploitable, presque stimulante. Il faudra comprendre, modifier, adapter. Pour un utilisateur en quête d’une solution prête à l’emploi, ce sera probablement une source de frustration.

Au final, ce tracker trouve sa place non pas comme un équipement à déployer tel quel, mais comme un point de départ. Un objet qui demande à être apprivoisé, corrigé, et intégré dans un projet plus large.

Et c’est peut-être là, paradoxalement, qu’il devient intéressant.

Article à voir aussi https://www.la-resilience.fr/2026/03/heltec-wireless-tracker-v2-nrf/ de Seb 😉

Si ce tracker vous intéresse, rendez-vous sur https://heltec.org/ Attention, il y a 2 versions, une version ESP-32 et une version nRF52840 (celle que nous avons testé).

En partenariat avec Heltec